Bons baisers de Russie

By Thursday, December 11, 2014 0 No tags Permalink

En passant de 34 à 55 contre l’USD, le RUB a perdu entre la mi-juillet 2014 et ce début décembre près de 60% de sa valeur. Du coup, c’est le moment pour nous autres touristes occidentaux d’aller boire un chocolat au Café Pouchkine, draguer une blonde platine pour pas cher est devenu une occasion trop rare pour être négligée par l’homme moderne. Voilà pour le conseil touristique d’avant les fêtes, revenons à ce qui nous intéresse hic et nunc.

Généalogie d’une descente aux enfers

Tout a commencé il y a presque un an, en mars dernier, lorsque certains cosaques amateurs de vodka marquent un intérêt plus que prononcé pour les douceurs des côtes de la Crimée, se soldant par l’annexion pure et simple de la péninsule criméenne par la Russie. Premier échelon des tensions internationales franchi, l’aversion au risque bondit, le RUB totalise 10% de pertes depuis le début de l’année.

Les velléités russophiles de certaines minorités ukrainiennes se répandent et prennent la forme d’une guerre civile, dans laquelle le rôle omniprésent de Vladimir Poutine ne fait aucun doute pour la communauté internationale. Deuxième échelon franchi. Une communauté internationale qui a décidé d’adopter une politique graduelle de sanctions financières envers un certain nombre d’entreprises et ressortissants tant Russes qu’Ukrainiens. Ces sanctions ont tout d’abord peu affecté l’économie Russe mais ont pris un tournant beaucoup plus dramatique lorsqu’à la mi-juillet les Etats-Unis ont décidé de restreindre l’émission de dette libellée en USD à destination des plus grandes entreprises et banques Russes. Une mesure qui s’est trouvée renforcée en septembre dernier lorsque les autorités américaines ont décidé de limiter la maturité des prêts en dollar à 30 jours, détériorant fortement l’accès au financement de l’économie russe. L’efficacité de ces mesures tient son origine dans la « dolarisation » des bilans des entreprises russes et de l’épargne des particuliers initiée lors de la crise de 1998 et qui s’est renforcée après la crise de 2008.

Vous ajoutez à ces tensions géopolitiques qui ont remis au goût du jour les thématiques de la guerre froide, une situation économique domestique préoccupante et un surtout un prix du pétrole au plus bas depuis 5 ans et vous avez tous les ingrédients pour une crise majeure en Russie, comme celle de 1998. D’ailleurs, vous aurez sans doute remarqué la similitude des situations et environnements… Guerre en Tchétchénie, le baril qui chute de 50%, inflation qui explose, volatilité record… Pour mémoire cette crise s’est soldée pour la Russie par un défaut sur la dette souveraine, une dévaluation du RUB de 260%, et une inflation de 30%. Bref il reste encore du chemin.

Cela dit en passant, la crise de 1998 a aussi accouché d’un certain Vladimir Poutine, dont la rigueur et la poigne ont succédé à la mollesse alcoolique d’un Boris Eltsine.

La Banque Centrale Russe et les marchés : l’équation impossible

La Banque Centrale Russe (CBR) a plusieurs fois et sous différentes formes essayé d’intervenir pour limiter la dépréciation du rouble : hausse des taux d’intérêt pour limiter l’inflation et favoriser les carry trades (début mars +150 bp, fin avril +50 bp, fin juillet +50 bp, début novembre +250 bp), interventions sur le spot (fin février, mi-juillet, début septembre, fin octobre, mi-novembre) mais sans aucun succès. Sur l’ensemble de l’année 2014, les réserves de la CBR ont fondu de plus de USD 100 milliards (près de 20%) dont 30 milliards, rien qu’en octobre dernier.

Les marchés se sont mis en mode défiance, et il est devenu quasiment intenable pour la Banque Centrale de défendre sa monnaie. Le positionnement des investisseurs sur les futures tout comme la surface de volatilité témoigne d’un marché à l’affût, prêt à dépecer ce qui reste du RUB : le nombre de contrats short a culminé fin octobre à des niveaux record et la volatilité implicite court terme a explosé, avec un skew sur le call USDRUB qui s’élargit au fur et à mesure que les maturités s’allongent. Comprendre : grosso modo les investisseurs achètent beaucoup plus des options pariant sur la baisse du RUB qu’ils n’en vendent et sont prêts à les payer très, très chères.

La CBR a d’ailleurs été contrainte il y a tout juste un mois d’abandonner son couloir d’intervention mis en place en 2005, programmant pour 2015 le passage du RUB au système du change flottant total. Officiellement cette décision a été prise pour rassurer les investisseurs et permettre à l’économie russe de « s’adapter dans de meilleures conditions aux chocs externes ». Un air de pipeau slave fort joli et entraînant mais cette décision permet surtout à la Banque Centrale de ne plus cramer ses réserves.

La solution politico-diplomatique

Il va sans dire qu’une crise majeure affectant la désormais 8ème puissance mondiale aurait des répercussions dramatiques tant sur le plan économique que géopolitique. Vladimir Poutine semble avoir parfaitement intégré que sa politique internationale le conduisait à un isolement dangereux dans un environnement où les chocs adverses s’accumulent (autrement appelé loi de l’emmerdement maximum) : après le sommet du G8 en Australie glacial, l’atmosphère semble plutôt au réchauffement ces derniers jours, notamment avec la France.

Si le RUB semble s’être stabilisé en ce début de mois de décembre, (perdant tout de même 7%), son avenir est dans les mains de la politique internationale. Personne ne sortirait gagnant d’une crise Russe, même pas son président.

Voilà, pour nous ce fût un honneur de vous avoir comme lecteur et ce sera exceptionnel si vous le restez.

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